mercredi, novembre 4 2009, 22:40
SÉNÉGAL: Pourquoi le problème des `talibés’ n’est pas près d’être résolu
Par François - Général - Lien permanent

Voici un article intéressant sur le problème des Talibés au Sénégal. Nous pourrions juste remplacer "Sénégal" par "Burkina Faso", ce serait pareil..
source : ici>
Devant
l’entrée de cette maison de Grand Yoff, un quartier populaire de Dakar,
la capitale sénégalaise, sont alignés des boîtes de conserve vides
utilisés pour la mendicité. A l’intérieur de cette demeure, un
`marabout’ [maître coranique] et 10 garçons louent deux chambres
infestées de moustiques.
Les garçons dorment, ensemble, sur le
sol en béton. Chaque matin, ils se lèvent, reprennent leurs boîtes de
conserve vides et partent mendier dans la ville pour avoir un petit
déjeuner.
Ces jeunes garçons sont des `talibés’ ou disciples
d’un `marabout’. Ils ont été confiés par leurs familles à ce maître
coranique pour qu’il leur enseigne le Coran. Mais leur `marabout’ –
comme bien d’autres personnes qui ont la charge de quelque 10 000
enfants à Dakar – n’a pas les moyens de subvenir à leurs besoins.
Alors
chaque jour, des milliers de `talibés’ passent des heures à parcourir
les rues de la ville à la recherche d’une pitance et à demander
l’aumône pour réunir la somme d’argent exigée quotidiennement par leurs
`marabouts’ s’ils veulent éviter les châtiments corporels, ont confié à
IRIN des enfants talibés.
Souvent vêtus de haillons, pieds nus
et sales, ces enfants se déplacent seuls ou en bande. Bon nombre
d’entre eux n’apprennent jamais le Coran et il est très rare qu’ils
aient un niveau d’instruction suffisant pour trouver un emploi
lorsqu’ils deviennent adultes, ont indiqué des responsables
d’organisations non-gouvernementales (ONG).
Malgré l’action
des ONG et des agences gouvernementales pour résoudre le problème des
talibés, ce phénomène social va continuer et pourrait même s’amplifier,
selon certaines organisations humanitaires comme Samu Social Sénégal.
Pour
des experts d’ONG et du gouvernement, leurs actions pour résoudre ce
problème se heurtent à trois obstacles de taille : la persistance de la
pauvreté, la réponse inappropriée du gouvernement et le pouvoir des
`marabouts’ dans la société sénégalaise.
Les `marabouts’ sont
consultés pour des affaires d’ordre familial, financier, professionnel
et même pour des consignes de vote, a expliqué à IRIN l’Imam Mamadou
Ndiaye, directeur de l’enseignement à l’institut islamique de Dakar.
Leur influence s’exerce à tous les niveaux de la société.
Enjeux financiers
D’après
les témoignages des nombreux enfants interrogés, les `marabouts’
exigent de leurs `talibés’ qu’ils leur rapportent chaque jour un
minimum de 350 francs CFA (0,77 dollar). Cela représente une somme
considérable dans un pays où plus de la moitié de la population vit
avec moins de deux dollars par jour.
« Les enjeux économiques
sont énormes », a expliqué Isabelle de Guillebon, directrice de Samu
Social Sénégal, une des nombreuses ONG travaillant avec les enfants des
rues au Sénégal.
« Les gens gagnent plus d’argent en
exploitant la mendicité [des enfants] qu’en travaillant », a indiqué
Mouhamed Chérif Diop, coordinateur de programmes à Tostan, une ONG qui
s’occupe entre autres de la réintégration des `talibés’ dans leurs
familles d’origine.
Un gouvernement hésitant
En
2005, le gouvernement avait fait voter des lois plus sévères pour
lutter contre la mendicité, ainsi que des peines plus lourdes contre la
maltraitance des enfants. Mais ce qui manque, ont indiqué de nombreux
représentants d’ONG, c’est une réglementation nationale des écoles
coraniques.
Selon Mouhamed Chérif Diop de l’ONG Tostan, tant
que le gouvernement ne réglementera pas les milliers d’écoles
coraniques informelles pour éviter que n’importe qui puisse ouvrir un
`daara’ [école coranique], le problème ne sera pas résolu.
Le
gouvernement ouvre actuellement des ‘daaras modernes’ dans lesquels les
enfants ne sortent pas mendier. Mais « il y a beaucoup de discours et
très peu d’actes », a indiqué Isabelle de Guillebon, pointant du doigt
l’absence d’application de la loi contre la mendicité comme faisant
partie du problème.
Certains fonctionnaires n’hésitent pas à
affirmer que si le phénomène des `talibés’ persiste, c’est à cause des
élus politiciens qui ne sont pas décidés à résoudre le problème.
«
L’Etat ne veut pas s’engager à résoudre le problème parce qu’il touche
à la religion », a expliqué Amadou Camara, responsable des programmes
d’enseignement non conventionnel au ministère de la Solidarité. « Dans
chaque grande ville, il y a un chef religieux dont les disciples
occupent des postes importants au sein de l’administration sociale ».
Pour
certains représentants du gouvernement, il faut aider les `marabouts’ à
avoir une activité génératrice de revenus pour qu’ils n’aient pas
besoin d’envoyer leurs disciples mendier dans les rues.
Des solutions incomplètes
Le
ministère de la Solidarité dispose d’un budget lui permettant de
financer chaque année une centaine de `daaras’ pour que les `marabouts’
dépendent moins de la mendicité pour s’assurer des revenus, a expliqué
M. Camara, ajoutant que certaines écoles coraniques peuvent bénéficier
d’une subvention annuelle de 500 000 CFA (1 105 dollars).
Pour
certaines ONG, ces subventions ne sont pas la solution au problème. «
Elles cautionnent une situation anormale », a affirmé Mouhamed Chérif
Diop de Tostan. Mais pour M. Camara, « ce serait encore pire si rien
n’était proposé ».
Les ONG reconnaissent que leurs programmes
sont trop insuffisants et mal coordonnés pour apporter une réelle
solution à ce problème.
« Nous faisons [tout ce que nous
pouvons] avec nos moyens limités », a déclaré Mme de Guillebon du Samu
Social Sénégal, « mais les trois ou quatre enfants que nous rendons [à
leurs familles] ne vont pas résoudre le problème des quelque 10 000
enfants mendiants de Dakar ».
Certaines ONG ont essayé
d’inciter des `marabouts’ de Dakar à retourner dans leurs villages et à
trouver d’autres sources de revenus. Avec l’aide du Fonds des Nations
Unies pour l’enfance, UNICEF, l’ONG ENDA-GRAF a, par exemple, permis à
un `marabout’, avec ses 47 `talibés,’ de retourner dans son village de
Pout où il cultive désormais des légumes et ne contraint plus ses
disciples à la mendicité.
Mais de telles « actions ne sont pas
systématiques ou ne sont pas menées à grande échelle », a déploré
Moustapha Diop, d’ENDA-GRAF. « Il faut une approche beaucoup plus
globale ».
Par naomed -



Nous sommes une association humanitaire loi 1901 composée de membres de différents âges.
Le but de l'association est de promouvoir la solidarité pour l'enfance défavorisée et leur donner une espérance et un avenir. Elle a aussi pour but de permettre à des jeunes de s'ouvrir sur l'entraide des peuples, en mettant sur pied des projets en faveur de l'enfance défavorisée dans le monde. Nous pensons que c'est aussi une opportunité exceptionnelle pour des jeunes de pouvoir se responsabiliser et s'investir en faveur des plus faibles et des plus démunis.



visiteurs uniques
Derniers commentaires